Un même document, deux anglais
Une traduction certifiée du français vers l'anglais n'est pas rédigée « en anglais » dans l'absolu : elle s'adresse à un lecteur précis — une université américaine, un service d'immigration, un consulat, un tribunal ou une banque à Londres. Or l'anglais des États-Unis et celui du Royaume-Uni diffèrent sur l'orthographe, sur la façon d'écrire les dates et, surtout, sur le vocabulaire juridique, administratif et scolaire.
Le sens d'une traduction certifiée ne change pas selon la variante retenue, mais un texte adapté à son lecteur se lit sans hésitation et ne laisse aucune place au malentendu. C'est pourquoi, avant de commencer, je demande toujours dans quel pays et auprès de quel organisme le document sera présenté.
L'orthographe : color ou colour, -ize ou -ise
Les différences les plus visibles sont orthographiques :
- color / colour, honor / honour, center / centre, program / programme
- license / licence : en anglais britannique, licence est le nom et license le verbe ; l'anglais américain écrit license dans les deux cas
- -ize / -ise : l'anglais américain écrit organize, recognize ; l'anglais britannique admet les deux formes, certains éditeurs (dont Oxford) conservant -ize
L'essentiel est la cohérence : une même traduction qui mêle organization et programme au hasard donne une impression de travail approximatif. Je choisis une convention selon le pays de destination et je m'y tiens du premier au dernier mot.
Les dates : le piège du 03/04/2026
Pour un lecteur américain, 03/04/2026 désigne le 4 mars ; pour un lecteur britannique comme pour un lecteur français, le 3 avril. Sur un acte de naissance, un diplôme ou un contrat, une telle ambiguïté peut suffire à créer une incohérence avec un passeport ou un autre document du dossier.
Pour l'éviter, la date suit le format du pays de destination : 04/03/2026 à l'américaine (mois, jour, année) ou 03/04/2026 à l'européenne (jour, mois, année). Autre solution, sans ambiguïté possible : le jour, le mois en toutes lettres et l'année, 3 April 2026.
Il en va de même pour les nombres : la virgule décimale française devient un point en anglais (une moyenne de 14,5/20 s'écrit 14.5/20), et l'espace séparant les milliers est remplacée par une virgule.
Termes juridiques et administratifs : de vrais faux amis
C'est là que le choix de la variante a le plus de conséquences. Quelques exemples :
- Avocat : attorney aux États-Unis ; au Royaume-Uni, la profession se divise entre solicitor et barrister, distinction qui n'existe pas en France — j'emploie alors lawyer ou je conserve le terme français, explicité
- Notaire : surtout pas notary public pour un lecteur américain, ce dernier se bornant pour l'essentiel à authentifier des signatures, sans les attributions d'un notaire français — un point important pour une procuration notariée
- Statuts d'une société : articles of association au Royaume-Uni ; aux États-Unis, on distingue articles of incorporation et bylaws, deux documents là où les statuts français n'en font qu'un
- Signature de l'acte de vente d'un bien immobilier : closing aux États-Unis, completion au Royaume-Uni
- Mairie : city hall ou town hall selon le lecteur
Ces questions se posent pour tous les documents judiciaires et documents professionnels (extraits Kbis, statuts, contrats de travail, bulletins de salaire) : une notion propre au système français n'est jamais présentée comme son équivalent étranger.
Diplômes et relevés de notes
Le vocabulaire scolaire et universitaire varie lui aussi d'un pays à l'autre :
- Lycée : high school aux États-Unis, secondary school au Royaume-Uni
- Note : grade aux États-Unis, plutôt mark au Royaume-Uni
- Mentions : ce sont elles qui comptent le plus pour le lecteur. Elles sont rendues avec les intitulés en usage dans le pays visé : summa cum laude, magna cum laude, cum laude aux États-Unis ; First, Upper Second (2:1), Lower Second (2:2) au Royaume-Uni
En revanche, une traduction certifiée ne convertit pas les notes : un 14/20 reste un 14/20. L'équivalence en GPA relève des organismes d'évaluation des diplômes, pas du traducteur, dont la traduction doit rester fidèle à l'original. Plus de détails sur la page consacrée à la traduction de diplômes et relevés de notes.
Les noms d'institutions : conserver le français, expliquer en anglais
Inventer un « équivalent » anglais à une institution française reviendrait à désigner un organisme qui n'existe pas. Je conserve donc le nom français, suivi d'une traduction explicative entre parenthèses : Tribunal judiciaire de Paris (Paris Judicial Court), Préfecture de police (Paris Police Prefecture), Baccalauréat (French secondary school leaving qualification). Le lecteur comprend de quoi il s'agit, tout en pouvant rapprocher sans difficulté la traduction de l'original.
Comment m'indiquer où le document sera utilisé
Il suffit de le préciser dans votre demande de devis : le pays de destination et, si possible, l'organisme destinataire (université, service d'immigration, consulat, tribunal, banque, notaire, employeur). Si le même document doit servir dans plusieurs pays, ou auprès d'une organisation internationale, dites-le-moi également : je retiens alors une convention unique et privilégie les formulations comprises de tous, avec des dates au format jour, mois en toutes lettres, année.
Les autres pays anglophones — Canada, Australie, Irlande, Nouvelle-Zélande… — ont aussi leurs usages propres, que je prends en compte de la même manière.
Questions fréquentes
Ma traduction serait-elle refusée si la « mauvaise » variante était employée ?
Ce qui donne sa valeur à une traduction certifiée, ce sont la signature et le cachet du traducteur assermenté. Mais une traduction adaptée à son lecteur évite les questions, les vérifications supplémentaires et les erreurs d'interprétation, notamment sur les dates.
Je ne sais pas encore dans quel pays je présenterai le document.
Indiquez-le simplement : dates au format jour, mois en toutes lettres, année, noms d'institutions conservés en français et formulations neutres permettent d'obtenir une traduction lisible des deux côtés de l'Atlantique.
Traduisez-vous aussi de l'anglais américain ou britannique vers le français ?
Oui. Connaître les deux systèmes est tout aussi indispensable dans ce sens, par exemple pour rendre fidèlement un transcript américain ou un relevé de résultats britannique. Voir aussi l'article sur l'apostille et la traduction certifiée si votre document doit être légalisé.